J’ai réalisé les dix dessins qui suivent à partir de photos de pendus, victimes de lynchage aux États Unis, dans les années 60. Des photos trouvées sur internet. Certaines archivées sur le site Without sanctuary.
J’ai travaillé à partir de photocopies dont la mauvaise définition donnait à voir des zones incertaines de lumières et d’ombres, révélant d’autres corps d’autres visages, comme la mise en scène d’apparitions fantomatiques.
Dix dessins au crayon à papier, très gras 8b, au format 21 cm / 30 cm, environ. Et puis agrandis et imprimés en 100 cm par 70 cm, sur papier Canson 220 grammes. Un format moyen qui rend visible les détails, le grain du papier et celui de la mine de graphite qui y est déposé.
J’ai intitulé cet ensemble « Strange fruit », du nom de la chanson écrite par Lewis Allan (Abel Meeropol) dont on connaît l’interprétation singulièrement expressive de Billie Holiday.
Après dix dessins j’ai dû arrêté cette série, finalement assez éprouvé par la représentation trop attentive de ces suppliciés, de leurs bourreaux, et des hommes, femmes, enfants qui sont là comme au spectacle. Mais tourne le dos au pendu et nous regarde comme si nous étions le photographe qui a immortalisé la scène, ou bien à notre tour le spectacle.
Les dix impressions sont exposées frontalement, à l’horizontal, encadrés sous-verre d’une baguette noire. Si cela est possible sur un seul mur. Surface nécessaire dans le meilleur des cas : environ 700 cm / 100 cm
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Dix dessins comme on dirait dix petits nègres. (je ne me suis pas rendu compte tout de suite de cette coïncidence numérique.)
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C’est à cette même époque, voici deux, trois ans que l’on débaptisa le roman d’Agatha Christie et j’ai décidé, un peu par provocation, un peu pour rendre hommage à Léopold Sédar Senghor et ses paroles sur la négritude, ou peut-être le prendre à témoin, d’illustrer la comptine : « Les dix petits nègres » qui servait jusqu’alors de titre, mais aussi de fil rouge au roman policier.
J’ai fait une centaine de dessins illustrant très librement le texte de la comptine. Des dessins à l’encre de chine noire – donc sans remord cette fois, impossible d’effacer ou de revenir en arrière comme au crayon – sur un papier assez fin, couleur ivoire, au format 15/21.
En scannant ces dessins et en jouant très légèrement sur leur contraste, le dessin au recto de la feuille est apparu par transparence se mêlant à celui du verso. Provocant des rencontres inattendues.
Ces dessins sont exposés bord à bord, sans cadre, sur un même mur.
Surface nécessaire, dans le meilleur des cas : environ 408 cm / 124 cm.
Les deux murs se regardent ou bien il s’agit d’un seul mur suffisamment grand pour que se juxtaposent dans une même main les deux séries de dessins.
NB : Ce projet d’exposition peut bien évidemment s’adapter aux contraintes de n’importe quel espace.